La revista francesa Langues Néo Latines, hace  una reseña  a Gérard Brey

La revista francesa Langues Néo Latines, hace una reseña a Gérard Brey

En el artículo adjunto podrán leer la reseña dedicada en marzo de 2019 por la revista francesa Langues Néo Latines a Lucha de clases en las tablas. El teatro de la huelga en España (1870-1923).

Es una revista leída por hispanistas de la enseñanza secundaria y superior, así como por lusistas e italianistas.

 

 

Gérard BREY

Lucha de clases en las tablas. El teatro de la huelga en España entre 1870 y 1923

Zaragoza, Prensas universitarias de Zaragoza, 2018, 364 p.

 

Ce livre que Gérard Brey consacre au « théâtre de la grève » vient combler un manque dans une histoire du théâtre en Espagne, qui avait quelque peu négligé une production en prise sur une société soumise à de profonds bouleversements socio-économiques. Le livre est structuré en 7 chapitres encadrés par une introduction et une conclusion exemplaires qui vont du général au particulier et qui ne s’encombrent pas du superflu. Fin connaisseur du mouvement ouvrier pour cette période qui va du Sexenio democrático à l’instauration de la dictature par Primo de Rivera, l’auteur dresse un panorama qui éclaire de façon efficace l’apparition du thème de la grève au théâtre. Les transformations sociales nées de la révolution industrielle et la permanence de structures archaïques dans les campagnes expliquent les antagonismes de classe et les luttes pour dénoncer les injustices criantes d’un capitalisme impitoyable, qui ont fini par occuper la scène à un moment où la culture populaire s’octroyait de nouveaux codes de sociabilité. Dans une introduction magistrale, G. Brey mène l’analyse de ce théâtre « saisi par la lutte des classes » et par des modalités d’action d’un syndicalisme ouvrier qui se cristallisaient autour de la grève. Il rappelle l’importance du théâtre en milieu urbain mais aussi dans des bourgades plus modestes dotées de salles privées ou associatives. Face à « cette soif de spectacles », directeurs de salles et dramaturges offrent un répertoire plutôt tourné vers le mélodrame et le género chico, soit des spectacles de divertissement; mais à l’aube du XXe, des thèmes moins frivoles que les chamailleries conjugales et les secrets d’alcôve se font l’écho des problèmes sociaux qui agitent une société où le prolétariat s’organise pour dénoncer et combattre les injustices les plus flagrantes. G. Brey prend soin de rappeler que « la représentation théâtrale comme arme de combat ou de propagande n’est pas une nouveauté » (p. 27) et qu’elle est apparue en tant que telle au moment de la guerre d’Indépendance pour relayer les opinions adverses, anti ou pro-napoléoniennes et que le théâtre politique au sens large s’est développé à la faveur des nouvelles idéologies : socialisme, anarchisme, christianisme social. La liaison entre les luttes sociales du monde ouvrier et du paysannat et le dépassement du théâtre de mœurs est patente, même si du point de vue dramaturgique le théâtre social garde souvent les habits du mélodrame. La structuration du mouvement ouvrier avec ses organisations, sa presse, ses modalités d’action et ses conflits face au patronat offre une matière dramatique sui generis, puisque des points de vue antagoniques s’affrontent.

Si le corpus analysé par G. Brey, le « théâtre de la grève », forme une sous-catégorie du théâtre social, l’auteur ébauche, à côté de l’étude des caractéristiques formelles et de la réception par la critique et le public, une typologie de ce théâtre politique, par le biais de ses contenus idéologiques. Cela fournit l’ossature du livre qui différencie face à la grève, le théâtre socialiste, le théâtre anarchiste, le répertoire ouvriériste, le répertoire réformiste, le répertoire conservateur et même le théâtre parodique de la grève. Le livre décrit et analyse de façon détaillée et pertinente quelques 90 pièces d’auteurs aujourd’hui pour la plupart tombés dans l’oubli. Plutôt que de courir après l’impossible définition  du théâtre politique, du théâtre social, du théâtre ouvrier, du théâtre populaire, c’est le positionnement des discours face à la grève qui a retenu l’attention de l’auteur, qui ne perd jamais de vue l’imbrication du social et du politique, comme le montre la conclusion qui dégage les lignes de force d’un théâtre qui s’impose comme une radiographie somme toute fidèle des luttes de classes qui ont marqué l’ère du premier capitalisme industriel ou la permanence d’une exploitation séculaire dans le monde rural. Bien que nous soyons en présence d’un théâtre manichéen, à l’intérieur d’une même obédience idéologique, se dessinent des positionnements différents. C’est ainsi qu’à propos du théâtre réformiste, on trouve des patrons favorables à la négociation et d’autres résolument partisans de la répression. Quant au répertoire réactionnaire, il n’hésite pas à forcer le trait en pointant les drames que provoque la grève. En clair, le répertoire conservateur et catholique n’hésite pas à criminaliser les militants, surtout les anarchistes ; il n’est pas rare dans ce cas d’imaginer comme dénouement le militant reconverti ou retourné qui prétend avoir été trompé par les agitateurs. Les dernières lignes du livre portent sur l’effacement thématique de la grève dans le théâtre politique occidental en général et laissent entrevoir une nouvelle orientation idéologique abordant des questions relatives à l’écologie, les réfugiés, l’immigration, la corruption, l’esprit de révolte et de résistance n’ayant pas déserté les planches. L’ouvrage est accompagné d’une utile bibliographie et d’un index des noms d’auteurs et de critiques.

 

Claude LE BIGOT